L'illustre historien et académicien René Rémond estime que « Le philosophe a pris la tête d'une nouvelle religion :
l'athéisme, dont il voudrait que l'Etat se fasse le propagateur. Une position « aux antipodes de la laïcité »
Source : Article publié dans LE MONDE le 02 Décembre 2005
Tout musulman ou chrétien ou juif ou athée, qui se montre intolérant envers autrui en raison de ses convictions religieuses ou philosophiques, c’est bon signe qu’il vit consciemment ou inconsciemment de graves problèmes avec ses propres convictions.
Le problème chez un tel intolérant, c’est qu’en lui-même sa raison s’entête à ne pas admettre les convictions religieuses ou philosophiques qu’il veut lui imposer. Sa raison s’entête à les réfuter parce qu’elle ne collent pas avec la simple logique qui veut par exemple, que « deux et deux font quatre » Cela ne tarde pas à se traduire par un conflit interne en lui, entre sa raison d’une part et sa passion d’autre part. Un tel conflit dans l’inconscient ne doit certes pas être de tout repos.
Au lieu de remettre en question ces convictions sources de ce conflit et faire preuve de modestie pour aller voir celles qu’il lui semble rassurer chez les autres, l’intolérant se gonfle d’orgueil, fait le vide autour de lui et s’entête à ne pas en démordre. Quand il aperçoit en face de lui l’autre, sûr de soi-même et assez serein avec les convictions contraires aux siennes, il lui semble comme quelqu’un le narguant, assis sur la terre ferme face à lui le naufragé qui se débat pour survivre mais si gonflé d’orgueil qu’il refuse tout secours. Sa raison se remet dans sa tête, à lui disputer l’incertitude de ses propres convictions. Il s’en prend alors à cet autre qui réveille en lui ce conflit souterrain et qui semble le narguer et le provoquer par sa sérénité.
Moralité : quiconque s'en prend par exemple, à un musulman ou une musulmane en raison de ses convictions religieuses, c'est qu'il a sûrement des problèmes aigus avec ses propres convictions religieuses ou philosophiques. La vue de la musulmane voilée ravive en lui ledit conflit interne au sujet de l'islam vers le quel penche sa raison, sinon il y aurait été indifférent comme il l'est vis-à-vis des autres cultes.
En d’autres termes, si les athées qui font preuve d’intolérance étaient si sûrs de leurs convictions philosophiques, ils ne s'en seraient pas
pris aux croyants théistes. Le médecin par exemple, est si sûr de son affaire qu'il ne daigne même pas regarder du côté de tout charlatan. Il lui voue avec superbe la plus belle indifférence. Il en est tout autrement du charlatan. Au fond de lui-même il sait que son
affaire ne vaut rien face à la science du toubib, mais il y tient pour une raison ou une autre. Et il ne peut s'empêcher de s'en prendre à la médecine et aux médecins pour les discréditer auprès
de ses clients et même auprès de soi-même. Il vit un conflit interne entre sa raison d’une part et sa passion d’autre part au sujet de la médecine.
Il en est de même des athées qui s'en prennent aux croyants. Ils vivent un conflit interne du même genre. Leur raison contre leur passion refuse d'admettre que tout cet univers si parfait et si
harmonieux de son infiniment petit à son infiniment grand soit le fruit d'un hypothétique hasard. Leur raison louche vers la réponse la plus plausible censée l'apaiser. Elle louche vers le culte
qui apporte cette réponse apaisante. Mais pour une raison ou une autre un tel athée tient à réprimer sa raison qui louche ainsi vers ce culte en particulier. Et comme le charlatan face au
médecin, il ne manque pas de s'en prendre à ce culte et à ses adeptes, car le seul fait de les voir ravive en lui ce conflit.
De tels athées ne peuvent se montrer vraiment laïcs et faire preuve de tolérance. Quand ils ont eu leurs propres Etats dans le bloc communiste, ils ont mené une effroyable et impitoyable guerre
contre tous les cultes. Leurs goulags regorgeaient de croyants à la tête dure qui refusaient de se montraient athées contre leur gré. Soixante dix ans après, à la faveur de la liberté retrouvée,
tous les cultes se sont revues éclore de toutes leurs plus belles couleurs, après un si long automne communisme athée et totalitaire. Il est à craindre qu’il y ait en France surtout, parmi les
athées des nostalgiques de cet automne.
Il faut dire qu’il n’est nullement question ici des nombreux athées qui sont sûrs de la
justesse de leurs convictions philosophiques et qui pour la cause, tout comme le médecin dans notre exemple ci-dessus, n'a cure des croyants ou de la montée de leur nombre autour de lui.
De tels athées, il leur est très aisé de se montrer vraiment laïcs et de faire preuve pour la cause de la plus belle tolérance. L’athée sûr de ses convictions philosophiques
serait aussi serein que le médecin qui doit tout naturellement se montrer sans la moindre inquiétude à l’égard des charlatans qui s’activent dans son voisinage. Tout au plus il a pitié pour eux
et pour les malades qui les fréquentent.
Il doit en être tout autrement de l’athée qui doute de ses convictions philosophiques sans être en même temps disposé à en démordre. Un tel athée serait plutôt comme le charlatan qui voit venir s’installer tout près de lui un médecin. Avec son assurance, le toubib lui semblera alors le narguer, le défier et le menacer dans son activité. Et pour le discréditer il se met à vilipender et fustiger la science et le savoir-faire qui en font un concurrent si sûr de lui, face à ses manèges douteux.
Les gens qui les observent de loin, savent que la raison est du côté de celui qui est serein et tolérant, parce qu’il est si sûr de ce qu’il croit et qu’il lui importe peu que les autres croient le contraire. Et ils se rendent compte que celui qui s’en prend à quiconque en raison de ses convictions religieuses ou philosophiques, vit plutôt un conflit avec ses propres convictions, et se défoule sur les autres. Aux athées qui s’en prennent aux musulmans en raison de leur culte, d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Ils le feront si leur intolérance n’est pas telle qu’elle frappe leur esprit de cécité et les rend ineptes pour réfléchir.
Tous les athées doivent se mettre bien dans la tête que les croyants de tous les cultes autour d’eux, sont comme eux des êtres humains sensés et sensibles. Et c’est aux croyants eux-mêmes de faire comprendre aux athées, qui sont-ils et comment pensent-ils, et non pas des athées prétendus spécialistes de tel ou tel culte qui ne cessent de débiter des sottises sur les croyants, comme s’il s’agit de bestioles de laboratoire, incapables de s’exprimer par eux-mêmes pour se faire connaître.
Mustapha HMIMOU
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