L'illustre historien et académicien René Rémond estime que « Le philosophe a pris la tête d'une nouvelle religion :
l'athéisme, dont il voudrait que l'Etat se fasse le propagateur. Une position « aux antipodes de la laïcité »
Source : Article publié dans LE MONDE le 02 Décembre 2005
Réitérons-le, pour les athées comme pour les théistes, toute attitude vis-à-vis de la question de l’existence de dieu, dans un sens ou dans le sens opposé, est certitude pour les uns et simple dogme pour les autres. Les athées sont de ce fait, libres de ne pas considérer l’athéisme comme une simple religion. Mais ne leur en déplaise, leurs concitoyens théistes sont aussi libres pour considérer l’agnosticisme et l’athéisme comme de simples religions. Il s’agit pour nous de tous les paganismes corollaires possibles, à savoir le culte du tout puissant dieu hasard, créateur omniscient et omnipotent ; le culte de la sainte et divine évolution sélective réparatrice de tous les torts de la non moins divine nature, par l’élimination de ses éléments avérés faibles pour faire place nette à ses seuls éléments forts; le culte de la sainte raison matérialiste qui ne jure que par le saint perceptible au mépris de toute réalité imperceptible ; et le culte du plaisir tout azimuts sans frein ni limites à part ce que les gens s'entendent par eux mêmes à prohiber ou à incriminer pour le moment jusqu'à nouvel ordre. Il s'agit du culte de la morale toute relative puisque humaine qui peut évoluer dans un sens ou dans un autre, selon les seuls aléas de l'unique expérience humaine. En d'autres termes c'est le dieu homme de toute époque qui, fort de son expérience, décide de ce qui doit rester immorale ou pas, si bien que ce qui est immorale aujourd'hui peut ne plus l'être dans l'avenir et vis versa. Si demain il y aura par exemple une force associative dotée d'un appui politique pour déculpabiliser l’inceste entre adultes, il n’y aura pour l’athée nulle autre morale à caractère absolu et d’aucune sorte, qui soit de nature à s’y opposer.
Une religion en l’occurrence, n’a besoin ni de prophète ni de livre sacré ni même d’église ou de clergé. Il y a dans le monde une infinité de cultes païens sans prophète ni livre sacré ni église ni clergé. Et pourtant se sont des religions.
A ce sujet, convient-il de le répéter et de le marteler, pour les théistes la négation de l’existence de dieu n’est qu’un simple dogme. Et c’est leur droit le plus strict de penser ce qu’ils veulent. Il importe peu alors que les athées ne soient pas d’accord. En matière de déité, ils n’ont nul droit d’imposer leur point de vue, à leurs concitoyens théistes.
C’est ainsi que tout dogme en matière de déité, quel qu’il soit, y compris la négation de l’existence de dieu, suffit pour faire une religion et un culte. Et en découle, comme le dit si bien le président du CAL, « une conception de la vie » Il doit s’agir d’un mode de vie corollaire, particulier et en plusieurs points propre au seul athée et différent de celui du théiste.
Il n’y a alors, nulle raison pour qu’un tel mode de vie soit imposé aux citoyens théistes. Et il n’y a, par conséquent, nulle autre raison pour que l’athéisme, combien même dit trompeusement laïcité philosophique, ne soit pas aussi séparé de l’Etat au même titre que toutes les autres religions.
Le même président du CAL considère à très juste titre qu’une telle séparation « comme une exigence minimale de toute démocratie. » Et il ajoute que : « C’est ainsi que seul l’état laïque (et laïcité est ainsi entendue dans son sens politique d’impartialité) peut garantir une véritable liberté religieuse… » Ceci est dans une large mesure encore et heureusement vrai par exemple en Belgique et en Grande Bretagne où l’athéisme se trouve dans une large mesure à égale distance de l’Etat que les autres cultes.
Et quand le président du CAL nous dit : « C’est ainsi que seul l’état laïque (et laïcité est ainsi entendue dans son sens politique d’impartialité) peut garantir une véritable liberté religieuse évidemment impossible dans un Etat connoté catholique, musulman, israélite, hindouiste, ou tout ce que vous voudrez,», il omet d’ajouter à sa liste l’Etat connoté athée ou agnostique, comme dans l’ex-bloc communiste par exemple, où une telle liberté religieuse s’est également trouvée malmenée et affreusement brimée. Et quand il argue : « ...puisque dans un état religieusement orienté,… », il convient de préciser que tout Etat connoté athée ou agnostique est tout autant religieusement orienté. Et une fois de plus quand il termine sa phrase en disant : « …les citoyens qui ne partagent pas les convictions de la religion dominante, se trouvent ipso facto dans un statut d’infériorité », il convient d’ajouter avec force que c’est manifestement le cas des croyants théistes, quand la religion dominante dans l’Etat est l’athéisme.
Avec ces ajouts intercalant les phrases du texte du président du CAL, l’on se rend compte alors, combien la France par exemple, qui s’est toujours proclamée laïque, est dans les faits et dans une certaine mesure, connotée d’une religion qui ne dit pas son nom, à savoir l’athéisme, maquillé par la trompeuse expression laïcité philosophique.
La laïcité philosophique est définie par le président du CAL en des termes qui ne laisse nul doute qu’il s’agit de l’athéisme ni plus ni moins. Voilà ce qu’il en dit : « Dans un second sens, la laïcité philosophique est une conception de vie, dégagée de tous fondements dogmatiques ou religieux, soit parce que les laïques sont persuadés que les dieux sont des créations imaginaires dépourvues de réalités, soit qu'ils doutent de Dieu (et de tous les dieux) sans avoir aucune certitude. » Il se trahit en affirmant une telle définition de la laïcité philosophique.
De quelle droit alors les athées osent vouloir imposer aux citoyens théistes une telle conception de la vie connotée athée et dite fallacieusement laïcité,??? L’imposer à la partie des citoyens théistes, qui doivent jouir du plein droit de ne pas la partager avec les athées et qui ont plutôt une toute autre conception de la vie empreinte elle, plutôt de fondements religieux, n’est pas seulement contraire à liberté de culte, prônée par la laïcité proprement dite, mais relève plutôt et manifestement d’un certain fascisme. Et le mot fascisme ici, ne me semble ni trop fort ni exagéré pour tout théiste qui aspire à respirer de l’air libre parmi ses concitoyens athées et dans son propre pays.
Par Mustapha HMIMOU
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