L'illustre historien et académicien René Rémond estime que « Le philosophe a pris la tête d'une nouvelle religion :
l'athéisme, dont il voudrait que l'Etat se fasse le propagateur. Une position « aux antipodes de la laïcité »
Source : Article publié dans LE MONDE le 02 Décembre 2005
Le président du CAL : "Centre d'Action Laïque", reconnaît la confusion entretenue entre laïcité et athéisme, quand il m’écrit ceci : « Vous regrettez que la laïcité soit associée à l’athéisme. Il est vrai que c’est un raccourci, » Or hélas, c’est ce regrettable raccourci qui est bien ancré dans l’esprit de presque tous les athées, surtout en France. Et c’est ce raccourci qui est toujours de mise en politique dans ce pays. Ce même raccourci y est si fort qu’il est allé même s’ancrer dans les esprits de presque tous les musulmans, au point que laïc signifie pour eux ipso facto athée. Moi-même, non seulement je suis laïc convaincu, au sens propre et noble du terme ; soit au sens de laïcité politique dans le distinguo des athées, mais je défends avec force que la laïcité est plutôt une valeur d’origine islamique.
Une telle affirmation est si vraie, à mon sens, que la Turquie a cessé en 1924 d’être laïque au sens propre et noble du terme. Selon la vraie laïcité, qui est par essence islamique, l’Etat turc musulman était jusqu’en 1924 impartial à l’égard de tous les cultes. Mais à partir de cette triste date, il s’est plutôt montré contre la laïcité authentique, parce qu’il s’est avéré foncièrement véreux et intolérant envers l’islam, culte de la majorité de ses citoyens.
Et toujours à cause de ce fallacieux et malencontreux raccourci, j’ai le plus grand mal à défendre la vraie laïcité auprès de mes coreligionnaires. Et voilà le CAL en train de colporter et reproduire toujours le même raccourci en Belgique. Sauf que ce beau et bon pays, tout comme la Grande Bretagne , c’est montré jusqu’à nos jours, vraiment laïc au sens propre et noble du terme.
Au lieu de l’appeler laïcité philosophique, les athées doivent avoir le courage d’appeler le chat un chat et appeler leurs convictions philosophiques athéisme tout court, sans nulle allusion à la laïcité. Pourquoi jouent-ils à cache-cache avec leurs croyances ? C’est à se demander s’ils ne sont pas fiers de leur athéisme. L’athéisme est-ils au fond d’eux-mêmes, si troublant et inquiétant, qu’ils cherchent à l’enjoliver en le maquillant avec le terme laïcité, alors que celle-ci n’a rien à voir avec l’athéisme ?
La laïcité est la laïcité, sans rien de plus ou de moins. Il n’y a ni laïcité politique ni laïcité philosophique. Il y a d’une part les convictions religieuses et philosophiques et d’autre part la laïcité qui les transcende toutes et qui n’a rien à voir avec l’athéisme. Elle est à l’image d’une belle colombe blanche qui plane à égale distance au-dessus de toutes les convictions religieuses et philosophiques, y compris l’athéisme et l’agnosticisme. La laïcité qui signifie reconnaissance et respect de toutes les convictions, est la valeur commune à tout le monde, juifs, chrétiens, musulmans, athées et agnostiques. Elle est la valeur qui doit prévaloir avec la même vigueur à la synagogue, à l’église, à la mosquée et au cercle des athées et des agnostiques.
Définir l’athéisme par laïcité philosophique c’est kidnapper la laïcité par les athées. C’est prendre en otage cette belle colombe blanche, patrimoine commun de toute l’humanité, pour la mutiler, la malmener, la vider de sa substance, l’empailler d’athéisme afin de présenter au monde les convictions philosophiques des athées ainsi sciemment travesties, comme ce qu’il y a de beau, de bon, de rationnel et de juste au détriment et au mépris de toutes les convictions religieuses. C’est vouloir dire ainsi à tout le monde que les athées sont les seuls à être civilisés, les seuls à être bien imbibés d’humanisme, respectueux des droits de l’homme et les seuls qui soient à même d’être démocrates parce que soit disant « neutres », laïcité travestie oblige. Et dans les faits bon nombre des athées ne se privent pas de bien cultiver cet amalgame à tout bout de champ et sans gêne aucune.
Or tout athée, tout agnostique comme tout théiste, juif ou chrétien ou musulman, peut être laïc comme il peut être au contraire un intégriste intolérant. Cependant contre toute laïcité, au sens propre et noble du terme, et dans les faits, ce sont surtout bon nombre d’athées, un peu partout dans le monde et en France en particulier, qui se sont avérés les plus intolérants avec un luxe de suffisance. Et j’en veux pour preuve les incessantes inquisitions fouineuses dans nos convictions et nos pratiques religieuses, assorties d’invectives haineuses et véreuses contre l’islam et les musulmans. Une telle intolérance si féroce et si blessante pour notre dignité d’être humain, fut hélas couronnée par la triste loi contre les signes religieux à l’école.
Tant que subsiste ledit raccourci, cultivant la confusion entre laïcité et athéisme, nous subirons parmi les athées une intolérance athéiste, à l’instar de l’intégrisme qu’il est convenu de qualifier hélas d’islamiste. Ainsi un tel athéisme ostraciste déguisé en laïcité, est pour nous une main de fer dans un gang de velours. Pour les non-musulmans, il ne s’agit que d’une belle main toute en velours, parce que présentée comme laïcité. Et nous sommes à leurs yeux coupables de nous y opposer ; coupables de nous opposer à la laïcité tout court, alors qu’il ne s’agit que d’une laïcité travestie, mais ils ne s’en rendent pas compte à cause de l’hégémonie des athées sur tous les médias. Mais nous, contre qui est dirigée cette main de fer gantée de velours, et dont nous recevons le dur coup, nous savons sa vraie nature pour en avoir pâti, sans que beaucoup de non-musulmans et à cause du fameux raccourci trompeur, soient disposés à nous comprendre.
Le président du CAL : "Centre d'Action Laïque", nous dit que : « La laïcité politique est le patrimoine commun de tous les démocrates qu’ils soient catholiques, protestants, musulmans, juifs, orthodoxes, athées ou agnostiques, croyants ou incroyants…Un Etat laïque est neutre par rapport à ces questions. Il n'est ni religieux, ni anti-religieux. Il est indifférent à la question de savoir si les gens croient ou ne croient pas, j’entends par là que l’Etat a un devoir d’impartialité à l’égard des diverses convictions religieuses, agnostiques ou athées et qu’il ne peut prendre position en ces matières qui relèvent de la liberté et de l’autonomie des personnes dans le cadre de la sphère privée. » Nous lui rétorquons que telle doit être l’unique définition de la laïcité tout court, sans être flanquée d’aucun qualificatif, que ce soit le qualificatif politique ou philosophique ou autre.. Le qualificatif politique n’est pas seulement superflu, mais plutôt sciemment fallacieux, car il est censé laisser aux athées la malheureuse et sournoise opportunité d’associer à la laïcité le qualificatif philosophique pour définir l’athéisme, et maintenir sinon cultiver avec le plus grand soin le fameux raccourci.
Par Mustapha HMIMOU
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